Toulouse, le 25/11/20

A

Madame Carole Delga

Présidente de la Région Occitanie

Madame la Présidente,

Nous sommes au regret de devoir vous faire part du trouble qui a saisi nos collègues du Lycée Pyrène de Pamiers après la publication, dans « La Dépêche du Midi » du 20 novembre dernier, d’un article relatif à l’adoption, par ce lycée, du Label Numérique. Les propos du Vice-Président rapportés dans cet article pour exprimer son mécontentement du refus, validé jusque là CA après CA, de ce label (« Les élèves de Première et de Terminale [privés de L’Ordi, ndr] (…) n’ont qu’à s’en prendre aux professeurs. Il y a eu une regrettable OPA de certains professeurs qui ont voulu imposer leurs vues ») sont tout à fait déplacés, et pour plusieurs raisons.

La première, c’est que toutes les décisions du CA de ce lycée ont été rendues dans un cadre parfaitement démocratique. Les conclusions et délibérations de ce CA étaient peut-être opposées aux souhaits du Vice-Président de la Région, mais elles n’ont pas à être critiquées comme étant de la « politique politicienne ». Nous vous rappelons que les élus des personnels ne sont pas des élus de la République, et qu’ils défendent, dans les établissements, le point de vue de leurs collègues, et aucunement la ligne politique d’un quelconque parti. Dire que les élèves « ont perdu du temps », c’est par ailleurs suggérer que les élèves ont été pénalisés dans leur réussite scolaire : ce qui est à la fois malvenu et faux. Il convient en effet de ne pas confondre les objectifs pédagogiques, qui sont la première préoccupation de nos collègues et de leurs représentants dans les instances des EPLE, avec d’autres objectifs, qui vous appartiennent, et que nous pouvons, en tant que professionnels, à l’occasion, partager – pour que ce qui est de la question de la fracture numérique par exemple – ou pas. Et il est donc essentiel de ne pas mélanger les compétences et les périmètres d’intervention des uns et des autres. Nous apprécierions en outre que, sur le fond comme sur la forme, l’on ne tombe pas, localement, dans les approximations et les outrances que se permet ces derniers temps le Ministre de l’Education nationale vis-à-vis de nos collègues.

La seconde raison, c’est que les positions du SNES et de la FSU ont été régulièrement exprimées auprès de ce même Vice-Président lors des échanges que nous avons eu ces dernières années avec lui. Ils ont toujours été constructifs, et nous ne comprenons pas cette expression publique rancunière. Nous avons, à plusieurs reprises, attiré son attention sur le fait que les débats autour du numérique éducatif ne sont pas menés correctement dans les EPLE, pas plus les lycées que les collèges. Souvent, les décisions d’équipement ou d’évolution y sont prises sans réelle concertation avec les personnels enseignants, qui sont pourtant les principaux concernés dans leur mise en œuvre avec et pour les élèves. Cela peut expliquer une différence de perception des enjeux entre directions et représentants des personnels, telle qu’elle a pu se manifester dans plusieurs lycées au sujet du numérique. Sans revenir sur les analyses dont vous avez été récemment destinataire de la part de notre fédération et auxquelles nous vous renvoyons, la Région ne peut ignorer qu’elle ne pilote pas les pratiques professionnelles de nos collègues, et qu’elle ne peut empiéter sur leur liberté pédagogique. Sans doute avons-nous des divergences sur les possibilités du numérique éducatif, ses contraintes et ses apports. Nous sommes régulièrement demandeurs d’échanges avec les collectivités territoriales et en particulier la Région, même si nous ne pouvons que déplorer que les cadres de débats soient des plus réduits (peu de réunions du CAEN, Etats généraux du numériques complètement verrouillés, etc.). Nous invitons la Région à respecter ses compétences, à ne pas les outrepasser, et à prendre connaissance des analyses que nous portons au nom des collègues que nous représentons majoritairement afin de nourrir le débat.

La troisième, enfin, est évidemment liée à l’actualité récente et dramatique que tous nos collègues ont très douloureusement vécue. S’il ne s’agit pas de comparer ce qui n’est pas comparable, vous comprendrez néanmoins qu’il n’est pas possible qu’un élu de la République appelle à « s’en prendre à des professeurs », au moment où nos collègues ont au contraire besoin du soutien de nos concitoyens, et des élus qui les représentent. Cette parole est probablement une parole malheureuse, mais elle tombe au plus mauvais moment, et prend un relief et une dimension choquante que vous ne pouvez ignorer.

Nous demeurons, Madame la Présidente, désireux de relations constructives et régulières avec la Région, qui nous épargnent à l’avenir d’avoir de tels échanges.Mais nous vous demandons de prendre la mesure de ce dérapage, en faisant en sorte que les propos qui ont été tenus publiquement soient rectifiés publiquement, et que des excuses soient adressés à nos collègues du Lycée Pyrène de Pamiers, blessés et choqués par ces déclarations tout à fait inappropriées.

Pierre Priouret

Secrétaire général

SNES-FSU Toulouse